POP CULTURE Raphaël Varane : Parole à la défense

Raphaël Varane : Parole à la défense

Commentaires (0) POP CULTURE Alexandre Jeanpetit

A 21 ans, Raphaël Varane ne cesse de brûler les étapes. Encore une fois étincelant sous le maillot des Bleus (face au Portugal et à l’Arménie), le défenseur du Real Madrid est d’ores et déjà un taulier en sélection. Paradoxalement, son statut est tout autre en Espagne. Comme le signal, que malgré son immense talent, Raphaël Varane a encore tout à prouver.

Cristiano Ronaldo à la lutte avec Raphaël Varane - © AFP

Cristiano Ronaldo à la lutte avec Raphaël Varane – © AFP

“Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années.”, contait Pierre Corneille dans Le Cid. Raphaël Varane pourrait bien faire sienne cette célèbre citation tant elle définit à merveille son parcours atypique. Au lendemain de la victoire des Bleus face à Portugal (2-1), le quotidien L’Equipe consacrait sa une à un joueur en particulier : Varane. Accompagné d’un titre qui en dit long : «Surdoué». Oui, le jeune défenseur de 21 ans est un joueur à part dans cette nouvelle génération promise à accueillir l’Euro sur ses terres.

Samedi dernier face au Portugal de Cristiano Ronaldo, l’ex-Lensois avait l’occasion de se frotter à son coéquipier du Real Madrid. Pendant 76 minutes – jusqu’à la sortie du capitaine portugais – Varane a muselé son compère madrilène avec les ingrédients qui font sa force. Anticipation, intelligence, jeu de tête et maturité. Des qualificatifs récurrents lorsqu’il s’agit de décrire les qualités de ce dernier. Une prestation qui lui a même valu les éloges de sa victime du soir. «Pour moi, il a tout pour devenir l’un des meilleurs à son poste. Il est jeune, il n’a que 21 ans. Mais il est rapide, joue juste. Il est sûr. Je pense qu’il a tout pour devenir l’un des meilleurs. Je l’aime beaucoup. Hier (samedi), il a tellement bien joué. D’ailleurs, il joue toujours bien et juste.»

En terre arménienne, mardi dernier, et pour sa 12 ème sélection en équipe de France, Varane est même devenu le plus jeune capitaine des Bleus depuis un certain Samir Nasri (23 ans, en 2011 face au Luxembourg), lors de la sortie de Blaise Matuidi. A 21 ans, Raphaël Varane peut même se vanter de compter plus de sélections que Michel Platini (3 sélections), Zinedine Zidane (0 sélection) et Lilian Thuram (0 sélection) au même âge. Seul Paul Pogba, 21 ans aussi, et autre grand espoir, compte plus de capes en Bleus (17 sélections).

Prophète en son pays

Dans le chantier que représente la défense tricolore en vue de l’Euro 2016, seul Raphaël Varane semble pour l’instant confortablement installé dans un fauteuil de titulaire. Reste à trouver son pendant sur le côté gauche axial. Ils sont quatre à prétendre à ce précieux sésame : Koscielny, Sakho, Mangala et Mathieu.
A droite, l’indécision est aussi grande qu’au sein de l’UMP. Sagna, Debuchy ou encore Corchia sont les potentiels choix pour Deschamps. Même son de cloche côté gauche, où l’inusable Patrice Evra devra faire face à la jeune garde symbolisée par Lucas Digne et Kurzawa.

Les prestations sous la liquette tricolore depuis le dernier Euro suffisent pour le moment à accorder à Varane ce statut de choix numéro un. Mais pour Julien Escudé, la situation pourrait changer. «Cela va dépendre des résultats et du temps de jeu des joueurs concernés en club. Il est difficile de faire confiance à un joueur en équipe de France, même s’il a un statut, dans le cas où il ne jouerait pas en club. Cela ne suffit pas de jouer tous les deux mois.». En effet, le défenseur des Bleus doit aujourd’hui se servir de son nouveau statut en équipe nationale pour s’affirmer comme un titulaire en puissance au Real Madrid.

Raphaël Varane

Le troisième homme

En débarquant à Madrid à 18 ans en juin 2011, Varane était un illustre inconnu. Recommandé par Zinedine Zidane, alors directeur sportif du club et conseiller auprès de Florentino Perez, la presse madrilène était plus que sceptique à son sujet. D’autant que l’ancien lensois devait porter le fardeau d’une indemnisation de 10 million d’euros. Mundo Deportivo s’était amusé à froisser l’ancien numéro 10 des Bleus à la une de son quotidien.« Si Varane, 18 ans, a été recruté, c’est juste pour faire croire à Zidane que son avis compte au Real. »

Trois ans plus tard, le jeune défenseur français est désormais surnommé «Mr Propre» (Don Limpio en VO). Et les louages pleuvent. Titulaire lors de la dernière finale de C1, remporté par le Real Madrid, il est devenu le plus jeune français vainqueur de la compétition, battant le record détenu par Nicolas Anelka avec ce même Real Madrid en 2000.

En ce début de saison (sa quatrième) chez les Merengues, Varane est toujours le troisième choix de Carlo Ancelotti derrière le duo Pepe-Ramos. Une injustice pour certains. Une normalité pour d’autres, qui voient là une juste et lente progression d’un talent beaucoup trop précoce.

La France du foot a tellement – lors de la dernière décennie – connue de belles promesses (Sinama-Pongolle, Le Tallec, Ben Arfa…) figées dans le rang « d’éternels espoirs », que la prudence est de mise. Pour Georges Tournay, responsable de la formation lensoise de 2005 à 2012, qui a bien connu Raphaël Varane, il n’y a pas d’inquiétude à avoir.« C’est un garçon très intelligent, sur et en dehors du terrain. Comme nous, il n’a jamais voulu aller trop vite, et du coup, à la Gaillette (ndlr : centre de formation du RC LENS), nous avons pu terminer sa formation et en faire un joueur abouti. »
Nul doute qu’en mettant à profit la sérénité et la maturité qui le caractérisent sur une pelouse, Varane est promis à un bel avenir.

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