POP CULTURE Mommy à la folie

Mommy à la folie

Commentaires (0) POP CULTURE Alexandre Jeanpetit

Mommy_MAD

Tendre et subtil, le nouveau film de Xavier Dolan fait mouche sur toute la ligne. Un coup de coeur absolu, fruit d’un cinéma qui vient des tripes. 

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Le prolifique Xavier Dolan revient en cette rentrée 2014 avec son sublime nouveau long métrage, aussi audacieux dans son format que dans son propos. Dolan s’imagine un futur pas si lointain, où des parents en désarroi pourraient grâce à une loi obscure confier leurs enfants malades à des institutions. Il y ancre ses trois personnages, un duo mère-fils aussi explosif qu’extraordinaire composé d’Anne Dorval et d’Antoine Olivier Pilon, que complète la douce et discrète Suzanne Clément, voisine hyperémotive à en devenir bègue et introvertie. Contrainte d’accueillir à nouveau chez elle son fils hyperactif dont les accès de violence terribles l’effraient, Diane se redécouvre mère, dans la douleur comme dans la douceur.

Mommy, c’est avant tout et surtout une histoire d’amour. Un amour passionnel, brutal et cinglant, entre trois survivants, trois abîmés, qui cherchent de l’air dans leur quotidien asphyxiant. Chaque décision est un combat, chaque victoire sur l’abattement est un moment de grâce. L’asphyxie justement guette jusque dans le format de pellicule choisi par le réalisateur, très inhabituel sur grand écran et déstabilisant. Dolan en joue, l’agrandissant à de très rares moments pour donner de l’ampleur à quelques moments clés, où l’ivresse d’une liberté fragile se confond avec celle d’un bonheur authentique. La grande pudeur avec laquelle le jeune réalisateur filme ses personnages est imprégnée de tendresse, jonglant entre moments terribles (une bagarre entre mère et fils) et moments d’allégresse (une danse dans une cuisine, un fou rire).

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Anne Dorval, magnétique dans Mommy – DR Mk2

Mommy, c’est aussi une histoire de femmes. Tout au long du film, on pense aux mots de Xavier Dolan qui, recevant son prix à Cannes, saluait la force des rôles féminins de la filmographie de la présidente du jury, la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion. « Des femmes magnifiques, avec de la volonté et une âme… ». Dans son film, l’influence est assumée et absolument réussie. Anne Dorval et Suzanne Clément sont sublimes parce que pudiques, courageuses, drôles, battantes, misérables, tristes, colériques, humaines. Le feu follet Pierre Olivier Pilon, exaltant de justesse et d’enthousiasme, complète ce singulier et détonant trio.

Récompensés à raison par le Prix du Jury (partagé avec Godard) de Cannes, Dolan et son Mommy ont la force de leur temps et de leur génération. Modernes, subtils et courageux. Un chef-d’oeuvre.

Quentin Buchberger

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